Beau succès à la soirée des résistances sociales à Tournai

Salle comble, ce samedi à Tournai, à la salle de la Laïcité, pour le débat sur les résistances sociales, organisée par la section locale du PTB. Nos intervenants : Raoul Hedebouw, porte-parole et député fédéral, Jean-François Tamellini (secrétaire national FGTB), Felipe Van Keirsbilck (secrétaire général CSC) et Mateo Alaluf (professeur ULB) pour le mouvement citoyen Tout Autre Chose. A l'animation : Mathieu Delaunoy.

Un débat fort apprécié, à juger les applaudissements nourris, sur l'importance de la résistance sociale et le bilan-perspectives entre la première vague de luttes passées et le deuxième plan d'action syndical annoncé.

Après le débat, « La ( RED)-istance », a continué avec un concert « Rap » pour les jeunes de Tournai, avec « Hexaler » (Liège), « Youssef Swatts » (Tournai), et l'After Party avec Klash-belkegi.

Michel Mommerency

Lors de sa présentation, chaque orateur s'est exprimé sur l'importance qu'il attache à la résistance en cours et à son élargissement. Jean-François Tamellini a pris la manifestation des 120.000 à Bruxelles, le 6 novembre, comme exemple pour souligner l'importance de l'unité interprofessionelle, et la possibilité de mobiliser au-delà des rangs syndicaux. Mais on doit continuer à convaincre. Pour la suite, il s'agira aussi de ramener des travailleurs qui ont peur que les jours de grève font mal ou se demandent si on peut gagner.

Felipe Van Keirsbilck cherche aussi cette gauche majoritaire, ces 99 % à mettre en marche contre « les 1% ». Tous les thèmes pour lesquels on se bat intéressent 90 % de la population, dit-il. Sur le plan électoral, on est loin du compte, et il estime que pour son organisation, si on parle avec plusieurs partis, aucun ne peut dire qu'il est 'son' représentant au parlement.

Mateo Alaluf présente Tout Autre Chose, le pendant francophone de l'initiative Hart boven Hard. TAC est une plateforme contre toute politique d'austérité dans tous les secteurs (aussi culturel), et invite à une Parade que les deux ailes organisent ensemble le 29 mars à Bruxelles.

Pour Raoul Hedebouw, le mouvement de lutte de septembre à décembre, impressionnant par son unité, déjouant les maneuvres de la NVA, est un acquis important et une base solide pour son élargissement futur. Sur le plan politique, oui, on a besoin d'un étage beaucoup plus large que la gauche radicale, dit-il, et nous devons réfléchir aussi comment unir le monde du travail avec d'autres couches sociales que la droite essaie d'opposer aux travailleurs.

Quel rôle le PTB joue-t-il au parlement ? Contrairement aux autres partis, nous ne considérons pas le parlement comme le centre de gravité de l'acton sociale. Ce ne sont pas nos propositions qui convaincront les ministres de changer de politique! Pour nous, l'essentiel est le mouvement de lutte comme celui des trois mois passés.

 

Soutenir le peuple grec. Le combat sera européen ou ne sera pas.

 

Quelle influence pourrait avoir la victoire de Syriza en Grèce, la montée de Podemos en Espagne, et la confrontation féroce de l'Union européenne contre la Grèce ? Jean-François Tamellini y voit un grand moment historique à saisir. Nous devons soutenir à fond Syriza, dit-il, parce que nous avons la possibilité de démontrer qu'il est possible de faire « autre chose ». «Les médias essaient de casser les espoirs du peuple grec et de ceux qui le soutiennent avec leurs titres sur « la capitulation de Syriza ». Le jour des élections, le peuple grec n'était pas à l'euphorie, ils étaient conscients que ce serait dur. Les gens étaient cassés, mais ils voient au moins des perspectives réouvertes.

Van Keirsbilck se dit pas du tout étonné de la réaction brutale de la droite quand on met les intérêts du capital en danger. N'a-t-on pas laissé dire à la RTBf, la veille de la manif du 6 novembre, que les participants risquaient le licenciement ? Nous sommes des internationalistes, nous soutenons le peuple grec. La mobilisation en Espagne est également importante. « Je retiens notamment ce principe important de Podemos que la politisation de la population ne se fera pas avec des drapeaux, mais à partir des problèmes concrets des gens, comme les expulsions massives de leurs maisons ».

Mateo Alaluf remarque qu'on n'a pas vu, ces dernières dizaines d'années, des mobilisations comme aujourd'hui en Grèce, en Espagne, dans le monde arabe, … mais note que les résultats sont très limités. On ne pourra résoudre les problèmes dans un seul pays,dit-il, on est dans un contexte international. Si la Grèce reste seule, on finira par avoir sa peau. Son problème n'est pas la dette, mais le choix politique européen pour l'austérité!  Aidons le peuple grec, et en permettant de gagner du temps aux Grecs, on permettra aussi aux autres de se préparer.

Raoul Hedebouw : « C'est exceptionnel que c'est la gauche qui se renforce, et pas la droite, égoiste et raciste. Ce sont les partis traditonnels qui s'effondrent. Voyez l'effondrement du PASOK, la social-démocratie grecque, réputée la gauche de l'Internationale socialiste. La Grèce montre qu'au sein du peuple, il y a encore une cohésion forte ». «Envers la Grèce, nous assistons aussi à un déni total de la démocratie, dit-il. Les Allemands Merkel et Schaüble exercent la dictature politico-financière : ' Vous acceptez le diktat européen, ou on ferme le robinet '. Oui, le combat sera européen, ou ne sera pas. Et le combat que nous menons chez nous est un chaînon de cette bataille. »

 

Aller de l'avant. Les 4 balises sont toujours là. Pour le 11 mars, il y a un préavis de grève, et pas de quota !

 

Les différents orateurs sont revenus sur le mini-préaccord, rejeté dès le départ par la FGTB, accepté par la plus petite majorité (52 %) jamais atteinte à la CSC, et imposé par le gouvernement. Chacun s'est prononcé en faveur d'une nouvelle mobilisation pour faire reculer le gouvernement.

Felipe Van Keirsbilck, rappelant qu'il appartient à la CNE, centrale nationale des employés qui s'était prononcée à 100 % contre le pré-accord, regrette l'arrêt du mouvement pendant le mois de janvier, mais veut regarder de l'avant : le maintien du front commun, le plan d'action et de nouvelles mobilisations. La secrétaire générale M-H Ska a réaffirmé que « l'objectif syndical, ce n'est pas la paix sociale, mais la justice sociale ».

Pour Jean-François Tamellini aussi, les 4 balises (saut d'index, âge de la retraite, services publics, justice fiscale) sont toujours là, et donc aussi le front commun et le plan de lutte. Le jour de la grève nationale, le 15 décembre, les patrons avaient une peur bleue, ils étaient à terre. Oui, ne pas maintenir la pression pendant les négociations, a été une erreur. Pour les prépensionnés, nous avons limité la casse, mais le grand problème est la « disponibilité ! Et que penser de la superchérie patronale, qui prétend avoir aidé les travailleurs au bas salaire avec une partie de l'enveloppe de bien-être, comme s'il s'agit de leur cadeau! Cette enveloppe, c'est de l'argent de la collectivité ! Ou encore : l'augmentations des pensions les plus anciennes (celles des travailleurs qui vivront moins lontemps!). Donc, on ne pouvait signer. Stratégiquement, nous ne pouvons que miser sur le rapport de forces. Pour démarrer le 11 mars : il y a un préavis de grève, il n'y aura donc pas de quota.

Mateo Alaluf illustre la force du mouvement par une anecdote, entendue de la bouche d'un représentant de Podemos, le 15 décembre : « Incoyable, disait l'Espagnol, un mouvement syndical qui n'a qu'à claquer des doigts pour que le pays s'arrête ! ». De nouvelles couches de la population se mettent en mouvement. La défense « des droits » (CPAS, indemnité de chômage, …) est essentielle. Ceux-ci sont menacés dans leur principe. C'est l'application des mesures prônés par l'école ultra-libérale de Chicago : une contre-révolution contre tous les droits pour imposer une mainmise illimitée du marché sur la société.

Raoul Hedebouw exprime sa fierté pour le travail du PTB qui a participé à démontrer ce qu'est réellement la NVA : après la grève du 15 décembre, De Wever a dû reconnaître que l'opposition avait réussi à coller à son parti l'image du « parti des 1 % les plus riches ». La NVA baisse de 6 points dans les sondages, et n'a remonté que de 3 points après les évènements de Paris. Normalement, les médias auraient fait de grands titres sur la chute de la NVA suite au mouvement social. Mais les mesures sécuritaires de Michel – De Wever ont joué.

Au parlement, le droit de grève est attaqué sur le ton « Vous avez voté, fermez-la maintenant ». Avec nos interventions au parlement, Marco Vanhees et moi, n'espèrons pas « convaincre » les ministres, mais nous nous adressons directement aux travailleurs, parce que ce sont eux qui imposeront le changement par leurs luttes. Pour cela, nous devons leur donner confiance en leurs forces.

Sur le plan politique, nous tendons aussi la main à d'autres gauches, chez Ecolo et au PS, tout en respectant des lignes de rupture avec la politique d'austérité .

 

La parole à la salle

Dans le débat qui a suivi, il a encore été question de la lutte contre le chômage, la défense et l'extension des services publics, la néccesité d'une « taxe des millionnaires » notamment pour faire de nouveaux investissements pour répondre aux besoins de la population. Plusieurs intervenants ont dénoncé le vocabulaire patronal qui transforme volontairement «le salaire indirecte des travailleurs » en « taxes » et en « charges  patronales » et a introduit la formule du « taxe sur le travail » pour empêcher que l'on distingue les impôts des travailleurs des impôts des patrons qu'ils (ne) paient (pas). Il fut aussi question de la nécessité de « notre propre média » pour contrer l'uniformisation des médias existants et la présentation quasi systématique négative des grèves et luttes syndicales.

 

CPAS : va-t-on retourner bientôt au temps des « dames patronnesses » et de la charité ?

Le débat a été clôturé par l'intervention chaleureuse et poignante d'Isabelle Dechamps, ​travaillant à la Maison médicale Le Gué de Tournai et étant mandataire socialiste au CPAS de la ville. Elle s'est exprimée comme témoin privilégiée, sur les grandes difficultés pour les CPAS d'être en résistance contre les mesures d'économie.*

" Si l'on prend la peine de relire la déclaration de politique régionale 2014-2015, on peut lire des orientations très intéressantes qui vont dans le sens d'un soutien aux missions « préventives" du CPAS : soutien aux services de médiation de dettes, à la prévention, à l'insertion socio-professionnelle, etc.

Mais dans les faits ces organismes, sont confrontés directement aux conséquences financières des mesures à tous les niveaux et subissent eux-mêmes durement la cascade des décisions relatives à l'austérité et aux mesures d'économie : le CPAS subit des pressions de la part du fédéral, du régional, du CRAC qui lui-même restreint les marges de manoeuvre de la Commune, etc.

Devra-t-on revenir, comme certains en discutent, même dans les instances ​ régionales, , au « core-business » du CPAS, c'est-à-dire à l'assistance la plus élémentaire aux plus nécessiteux ? Les CPAS sont devenus des centres d'action sociale, après avoir été des centres d'aide sociale et même, au départ, des bureaux de bienfaisance. Allons-nous revenir à la case départ, sans les missions de projets d'insertion, de solidarité et de justice sociale ? Va-t-on retourner au temps des ​"dames patronnesses » qui soulageaient la plus grande misère avec leur charité?

Je me suis engagée dans une bataille pour la justice sociale, la solidarité et la compréhension des situations de familles parmi les plus difficiles. Et je me sens aujourd'hui ​dans une situation où on se demande si on va se couper les 2 mains ou si on va réussir à n'en couper qu'une seule ...

​J'ai toujours été une idéaliste et reste attachée à mes valeurs, quoiqu'on en dise, et c'est ce qui fait que je suis toujours debout !

Vu les temps difficiles, j'estime qu'il faut se battre pour sauvegarder les travailleurs et garder son fil conducteur, son cap …

Je ne fais en tout cas pas partie de ceux qui disent que leur coeur saigne .. et que la nuit, ils ne dorment plus … parce qu'ils ne se rendaient pas compte des conséquences de leur politique ..

Aujourd'hui, j'ai plutôt la rage au coeur et recommande à chacun de bien dormir la nuit pour être prêt et dispo dans les nombreux jours de lutte qui s'annoncent à l'horizon 2015! 

 

* Le CPAS de la ville de Tournai a procédé récemment à 33 licenciements (28 équivalents plein temps) et 18 départs à la retraite (14 équivalents plein temps).